Vous venez de recevoir un courrier d’Intrum vous réclamant une somme, et vous vous demandez s’il est obligatoire de payer Intrum immédiatement. Que vous soyez sollicité à titre personnel ou en tant que dirigeant de PME, la réponse mérite une analyse approfondie. Non, vous n’êtes pas tenu de payer Intrum sans avoir vérifié la légitimité de la créance. Cette société de recouvrement, aussi imposante soit-elle avec sa présence dans 24 pays européens, n’a pas plus de pouvoir contraignant qu’une simple lettre de relance tant qu’aucun titre exécutoire n’existe. Cet article vous donne les clés pour analyser méthodiquement votre situation et prendre une décision éclairée.
Comprendre ce qu’est réellement Intrum et ses limites juridiques
Une société de recouvrement amiable, pas un huissier de justice
Intrum est le leader européen du recouvrement de créances, issu de la fusion entre Intrum Justitia et Lindorff en 2017. L’entreprise intervient pour le compte de créanciers comme les banques, les opérateurs téléphoniques ou les assureurs. Mais un point fondamental échappe à beaucoup de destinataires de leurs courriers : Intrum n’est pas un Commissaire de Justice.
Cette distinction change tout. Sans titre exécutoire délivré par un juge, Intrum ne peut :
- Procéder à aucune saisie sur vos comptes bancaires
- Bloquer vos biens professionnels ou personnels
- Exiger un paiement immédiat sous contrainte légale
- Inscrire votre entreprise sur un fichier d’incidents
Le décret n° 96-1112 du 18 décembre 1996 encadre strictement les sociétés de recouvrement amiable. Elles doivent s’identifier clairement, préciser le créancier d’origine et détailler le montant réclamé. Toute pratique intimidante constitue une infraction.
Ce que la loi impose à Intrum
Avant d’envisager tout paiement, vous êtes en droit d’exiger plusieurs éléments de la part d’Intrum :
- La preuve de cession de créance si la dette a été rachetée (article 1324 du Code civil)
- Le détail complet du montant avec ventilation entre principal, intérêts et éventuels frais
- L’identification précise du créancier d’origine et la nature de la dette
- Les justificatifs contractuels prouvant votre engagement initial
Sans ces documents, vous pouvez légitimement suspendre toute démarche de paiement.
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Dirigeant de PME : les deux situations à distinguer
Situation 1 : vous êtes sollicité à titre personnel
En tant que particulier face à un professionnel créancier, vous bénéficiez du délai de prescription de 2 ans prévu par l’article L.218-2 du Code de la consommation. Ce délai court à compter de la première échéance impayée non régularisée.
Les dettes concernées sont généralement :
- Les crédits à la consommation
- Les factures de téléphonie ou d’énergie
- Les abonnements et services divers
- Les découverts bancaires personnels
Si plus de 24 mois se sont écoulés depuis le dernier acte interruptif de prescription, la créance est juridiquement éteinte. Intrum peut continuer à vous relancer, mais vous n’avez aucune obligation légale de payer.
Situation 2 : votre entreprise est sollicitée
Entre professionnels, le délai de prescription passe à 5 ans conformément à l’article L.110-4 du Code de commerce. Les enjeux diffèrent également :
- Impact sur la trésorerie et le BFR de votre entreprise
- Risque réputationnel auprès de vos partenaires commerciaux
- Conséquences comptables sur vos états financiers
Une dette professionnelle contestable mérite une analyse approfondie avant tout règlement. Découvrez notre article sur l’optimisation de la trésorerie en PME pour anticiper ces situations.
Les 5 motifs légitimes pour contester une demande d’Intrum
1. La prescription de la créance
Le tableau ci-dessous récapitule les délais applicables selon votre situation :
| Type de dette | Délai de prescription | Base légale |
|---|---|---|
| Professionnel vers consommateur | 2 ans | Art. L.218-2 Code conso. |
| Entre professionnels | 5 ans | Art. L.110-4 Code commerce |
| Jugement définitif | 10 ans | Art. 2232 Code civil |
| Dette immobilière | 2 ans | Art. L.218-2 Code conso. |
Attention aux actes interruptifs : un paiement partiel, une reconnaissance de dette ou une mise en demeure font repartir le délai à zéro.
2. L’absence de preuve de cession de créance
Intrum rachète fréquemment des portefeuilles de créances auprès des créanciers initiaux. Or, l’article 1324 du Code civil exige que cette cession soit signifiée au débiteur ou acceptée par lui. Sans document officiel attestant ce transfert, vous pouvez contester la qualité à agir d’Intrum.
3. Les frais de recouvrement abusifs
L’article L.111-8 du Code des procédures civiles d’exécution est formel : les frais de recouvrement amiable incombent au créancier, pas au débiteur. Si Intrum vous réclame des frais de dossier, pénalités ou intérêts non prévus au contrat initial, vous êtes en droit de les refuser.
4. L’erreur sur le montant ou l’identité
Des erreurs administratives surviennent régulièrement :
- Confusion d’identité entre homonymes
- Dette déjà soldée mais non mise à jour dans les fichiers
- Montant erroné suite à des doubles comptabilisations
- Contrat résilié dont la fin n’a pas été correctement traitée
5. L’usurpation d’identité
Si une dette a été contractée frauduleusement à votre nom, vous êtes victime d’une infraction pénale. Portez plainte et transmettez une copie à Intrum pour bloquer toute procédure.
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La méthodologie pour répondre efficacement à Intrum
Étape 1 : analyser le courrier reçu
À la réception d’une relance, prenez le temps de vérifier plusieurs points :
- L’identification complète d’Intrum comme société de recouvrement
- Le nom du créancier d’origine et la nature de la dette
- Le montant détaillé avec décomposition des sommes
- La date de la créance pour vérifier la prescription
Étape 2 : rassembler vos justificatifs
Constituez un dossier complet avec :
- Les contrats d’origine concernés
- Les preuves de paiements antérieurs
- Les échanges écrits avec le créancier initial
- Les éventuelles résiliations ou contestations déjà formulées
Étape 3 : répondre par écrit
Privilégiez systématiquement la lettre recommandée avec accusé de réception. Ce mode de communication :
- Fige la date de vos échanges
- Constitue une preuve en cas de litige
- Interrompt les relances abusives
Exposez clairement votre position : contestation motivée, demande de justificatifs ou proposition d’échéancier selon votre situation.
Étape 4 : envisager la négociation si la dette est légitime
Si après vérification la créance s’avère fondée, plusieurs options s’offrent à vous :
- Négocier une remise sur le montant total
- Demander un échéancier adapté à votre trésorerie
- Proposer un paiement immédiat contre remise commerciale
Les conséquences réelles d’un non-paiement
Ce qu’Intrum ne peut pas faire sans jugement
Tant qu’aucune décision de justice n’intervient, Intrum est limité au recouvrement amiable. Les menaces de saisie ou d’inscription au FICP dans un courrier de relance relèvent de pratiques contestables si aucune procédure judiciaire n’est engagée.
Ce qui peut survenir en cas d’inaction prolongée
Si vous ignorez les relances sans contester formellement :
- Passage au recouvrement judiciaire avec assignation devant le tribunal
- Obtention d’un titre exécutoire permettant les saisies
- Frais de procédure à votre charge en cas de condamnation
- Inscription aux fichiers d’incidents de paiement
L’importance de réagir rapidement
Ignorer les courriers d’Intrum n’est jamais une stratégie viable. Même si vous contestez la dette, une réponse écrite et motivée protège vos intérêts et peut éviter une escalade coûteuse.
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FAQ : vos questions sur l’obligation de payer Intrum
Intrum peut-il saisir mes biens sans jugement ?
Non. Sans titre exécutoire délivré par un juge, Intrum n’a aucun pouvoir de contrainte. Seul un Commissaire de Justice muni d’une décision de justice peut procéder à des saisies.
Ma dette a plus de 2 ans, dois-je quand même payer ?
Si vous êtes un particulier face à un créancier professionnel et qu’aucun acte interruptif n’est intervenu depuis plus de 2 ans, la dette est prescrite. Vous pouvez invoquer cette prescription par courrier recommandé.
Intrum me réclame des frais de dossier, est-ce légal ?
Non. L’article L.111-8 du CPCE prévoit que les frais de recouvrement amiable sont à la charge du créancier. Vous pouvez refuser de payer ces frais supplémentaires.
Que faire si Intrum me harcèle par téléphone ?
Les pratiques abusives peuvent être signalées à la DGCCRF. Demandez par écrit à Intrum de cesser les appels et de communiquer uniquement par courrier.
Puis-je négocier une réduction avec Intrum ?
Oui. Intrum est souvent ouvert à la négociation, notamment pour un paiement immédiat. Proposez un montant inférieur au total réclamé en échange d’un règlement rapide.
Mon entreprise est sollicitée, les règles sont-elles différentes ?
Oui. Le délai de prescription passe à 5 ans entre professionnels. Les enjeux de trésorerie et de réputation commerciale justifient une analyse approfondie avant toute décision.
En résumé : votre plan d’action face à Intrum
Recevoir un courrier d’Intrum ne signifie pas que vous devez payer immédiatement. Adoptez une démarche méthodique : vérifiez la légitimité de la créance, contrôlez la prescription, exigez les justificatifs nécessaires et répondez toujours par écrit. En tant que dirigeant, distinguez bien votre situation personnelle de celle de votre entreprise, car les règles et les enjeux diffèrent sensiblement.
Si la dette s’avère fondée, négociez les meilleures conditions possibles. Si elle est contestable, faites valoir vos droits avec fermeté et méthode. Dans tous les cas, ne laissez jamais une situation s’enliser sans réaction : c’est la meilleure façon de protéger vos intérêts personnels et professionnels.
Cet article a été rédigé à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour toute situation complexe, consultez un avocat spécialisé en droit des affaires ou une association de défense des consommateurs.

